Réflexions du fauteuil : les artistes canadiens sont de plus en plus pauvres
09 02 2009
Ce n'est pas parce qu'on pratique un art exigeant qu'on est mieux payé pour autant
Voici des statistiques que Stephen Harper, James Moore, le sympathique ministre du Patrimoine (après Josée Verner, n’importe qui aurait l’air aimable) et les mesdames qui lisent les hebdomadaires zartistiques auraient avantage à connaître. L’écart entre les revenus moyens des artistes et le reste de la population active ne cesse de se creuser.
En 2006, cet écart était de 37 %. Le revenu moyen des 140,000 artistes répertoriés était de 22,700 $, alors que celui des autres travailleurs atteignait 35,300 $. C’est ce que révèle une étude de Hill Stratégies, une société canadienne de recherche sur les arts. Ces chiffres ont été obtenus en épluchant les dernières données disponibles de Statistiques Canada pour l’année 2006 et en les comparant avec celles de l’année 2001.
Le problème, c’est qu’en 2001, le revenu des 131,000 artistes recensés était plus élevé à 23,500 $. L’écart salarial avec les autres travailleurs n’était alors que de 23 %. Selon l’étude il ne faut pas attribuer la baisse du revenu individuel à l’augmentation du nombre d’artistes. Dans la décennie précédente, de 1991 à 2001, leur nombre avait augmenté, mais les revenus avaient aussi suivi la courbe ascendante. En conclusion, nos artistes s’appauvrissent. 62 % d’entre eux gagnent moins de 20,000 $ par année.
Les plus pauvres sont les danseurs avec des revenus de 13,167 %. Viennent ensuite les artistes visuels avec 13,976 $, les musiciens à 14,439 $ et les comédiens avec 17,866 $. Ceux qui sont les mieux payés sont les auteurs et écrivains à 32,045 $ et les producteurs et réalisateurs avec 43,776 $.
Contrairement à ce qui se passe dans l’ensemble de la société, plus les artistes sont instruits, moins ils gagnent d’argent. Ils perfectionnent leur art avec le temps, mais contrairement aux autres diplômés qui obtiennent des promotions et bonifient leurs revenus, leurs conditions de travail stagnent ou se détériorent. Les deux tiers des artistes sont travailleurs autonomes. Ça explique peut-être qu’il n’y a pas encore d’équité salariale entre les femmes et les hommes. Même si elles sont plus nombreuses à 53 %, elles gagnent 28 % de moins que les hommes. C’est un chiffre qui est scandaleux, mais qui s’en préoccupe?
Les artistes qui gagnent 100,000 $ et plus ne représentent que 2 % du total contre 4 % dans l’ensemble de la population active. Les jeunes qui espèrent devenir riches et célèbres en chantant ou en jouant à la télévision seraient mieux de continuer à étudier pour faire autre chose. Ils auraient deux fois plus de chance de devenir riches.
Toutes ces données confirment que les arts sont sous-financés. Pourtant, ça fait longtemps que la preuve est faite que les investissements publics dans ce secteur sont rentables. Quand nos gouvernements vont-ils le comprendre? Un artiste qui vit sous le seuil de la pauvreté ça ne paye pas beaucoup d’impôts ni de taxes à la consommation.
S’il est vrai que les artistes expriment et consolident notre identité collective, il faut conclure que nous ne donnons pas cher de notre peau ni de la leur d’ailleurs.
Vous pouvez consulter les résultats complets de l’étude sur le site de Hill Stratégies : http://www.hillstrategies.com/resources_details.php?resUID=1000301&lang=fr
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